"La vérité scientifique a pour signe la cohérence et l'efficacité. La vérité poétique a pour signe la beauté".   

Aimé Césaire

" Amis de la poésie , bonsoir ". 

C'est par cette sympathique apostrophe que débutait la saynète d'un célèbre humoriste dont  l'indéniable  talent n'était pas forcément le compagnon  assidu des belles lettres...

Sans doute , faut-il voir dans son propos une  habile once de   gentille raillerie à  l'encontre des passionnés de   poésie . 

Mais si le sujet est ainsi évoqué , cela nous incite à penser qu'il ne laisse pas indifférent .

Voici ici quelques poèmes , très divers , qui ont attiré notre attention  à l'issue d'un choix extrêmement  partiel et éminemment partial...et , bien entendu , provisoire.

La Seine

Les pontons s'en vont vers la colline

Qui borne l'horizon d'un profil bleuissant.

Le fleuve tourne au pied du coteau frémissant

De l'Avril qui renaît au sein de l'aubépine .

Dans le rouge reflet du soleil qui descend,

Monte , noire , fumeuse et vivante l'usine .

La fumée et le ciel se teintent de sanguine ;

Une maison se dresse et sourit au passant .

Comme de ce vallon monte la vie, et comme 

L'oeuvre de la nature et la travail de l'homme

S'unissent dans un ton de rouille vespéral !

On devine , parmi la paix et le silence ,

La chanson des oiseaux qui sortira du val

Pour apporter l'amour à l'humaine souffrance .

Louis Aragon.

Ce sonnet est le plus ancien de tous les poèmes attestés à Aragon.

Recueillement 

Sois sage ,ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille .

Tu réclamais le Soir ; il descend; le voici :

Une atmosphère obscure enveloppe la ville,

Aux uns portant la paix, aux autre le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile ,

Sous le fouet du Plaisir , ce bourreau sans merci,

Va cueillir des remords dans la fête servile,

Ma douleur , donne-moi la main; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années ,

Sur les balcons du ciel , en robes surannées ;

Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche , 

Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,

Entend, ma chère , la douce Nuit qui marche .

Charles Baudelaire

Ponctuation

- Ce n'est pas pour me vanter ,

Disait la virgule,

Mais , sans mon jeu de pendule,

Les mots , tels des somnambules ,

Ne feraient que se heurter .

-C'est possible, dit le point.

Mais je règne , moi , 

Et les grandes majuscules

Se moquent toutes de toi

Et de  ta queue minuscule.

-Ne soyez pas ridicules,

Dit le point-virgule,

On vous voit moins que la trace

De fourmis sur une glace.

Cessez vos conciliabules.

Ou, tous deux, je vous remplace! 

Maurice Carême