Scripta volent , verba manent.

"C'est par l'écriture que l'on pénètre le mieux les gens .La parole éblouit et trompe parce qu'elle est mimée par le visage, parce que l'on la voit sortir des lèvres, et que les lèvres plaisent et que les yeux séduisent. Mais des mots noirs sur le papier blanc, c'est l'âme toute nue" .

Guy de Maupassant

Qui scribit , bis legit .

Pour un adulte , écrire peut être un plaisir et un plaisir faisant fi des inéluctables difficultés,  écrire est aussi , plus prosaïquement , une nécessité dans les formes les plus sophistiquées comme dans les démarches les plus humbles.

Savoir écrire est aussi une arme, une arme positive , une ressource et un atout dans un monde et un système socio-économique à l'inhumanité toujours croissante .

Maîtriser correctement  le langage écrit, pour pouvoir exprimer de manière claire et pérenne ses pensées, ses sentiments, ses arguments , pouvoir et savoir démontrer est indispensable pour convaincre et parfois exister .

Dans ma pratique quotidienne d'enseignement , j'ai constamment demandé , en ce domaine plus que dans d'autres, beaucoup d'efforts aux élèves.

Pour la très grande majorité d'entre eux  ce travail requérant  motivation , concentration , adresse (l'écriture est un dessin continuel) ne fut guère aisé, la peur de mal faire ou de ne pas savoir faire constituant une complexité supplémentaire.

C'était mon métier et ma mission , presque oserai-je dire un acte presque militant parfois  récompensé par la production d'écrits qui , même modestes, reflétaient  bien souvent l'empreinte d'une adhésion voire un  progrès.

Ecrire est une arme , disions-nous .

Cette arme peut revêtir un   aspect culturel , certes heureusement  et continuellement perfectible ,mais bien réel.

Quand on est capable d'écriture , on va plus loin dans la compétence, on se fraye un chemin dans l'habilité et la quête de la qualité, on élargit son horizon au-delà des estimables connaissances basiques.

Une personne qui s'instruit , cela n'est jamais terminé ,s'aventure toujours davantage dans l'agencement efficient de ses   mots , de ses  phrases  et de  ses pensées.

Une page bienfaitrice .

L'écriture , un peu comme la musique ,  peut-elle adoucir les moeurs, du moins contribuer à  apaiser certaines situations ?

La question n'est  qu'une question empreinte de la plus profonde humilité .

La"page" fut plus humblement  un texte .

Cet après-midi ne fut pas une étape aisée . Il y en a , hélas , dans toutes les classes .Cette cohorte n'était pas des plus calmes ni des plus attentives.Cela n'empêchait pas la mise en oeuvre et la poursuite des apprentissages mais ceux-ci ne se déroulaient pas toujours avec la concentration souhaitable et souhaitée .

Nous avions précédemment travaillé sur la production de texte et sur un type bien précisé dans le cadre d'une programmation annuelle, elle-même parfaitement insérée dans les instructions officielles.

Vint donc le moment de l'écriture, temps de la concrétisation productrice, occasion de l'évaluation , voire de l'auto-évaluation et , peut-être , lieu d'une progression...

L'indispensable correction était redoutée mais elle devait se faire . Elle se fit .

Est-il alors congru d'évoquer une réaction de surprise ?

Les élèves paraissant , du fait de leurs difficultés générales , les moins intéressés avaient participé de manière significative ne se bornant pas à étaler , ou faire semblant d'étaler , quelques bribes sur leurs feuilles.

Il y eut des textes relativement étendus, cohérents, assez proprement présentés, certes de qualité irrégulière notamment en orthographe, répondant à la consigne du jour ou du moins s'efforçant de le faire .

Tout le monde avait oeuvré , acte fondamental dans une classe . Les meilleurs élèves avaient fait ce qu'on attendait raisonnablement d'eux et les enfants connaissant des difficultés avaient satisfait à la demande en présentant des productions correctes , convenables et même intéressantes .