Beaucoup trop d'élèves accédant à la classe de sixième lisent mal , voire très mal , nous dit-on. Sans s'abîmer dans un inutile concert d'improductives lamentations , il faut concéder que ce constat fort préoccupant n'est pas sans fondements.
L'objectif fondamental d'acquisition des compétences de base n'est pas atteint par tous les nouveaux collégiens .
Le choix des méthodes mises en oeuvre au C.P. a fait débat car on subodore, probablement à juste titre , que maintes difficultés provenaient de l'option choisie.
La lecture est un éternel recommencement et un perpétuel apprentissage . Au C.P. , on "prépare" et la formation à la lecture est l'indispensable préalable à toute préparation , celle des autres disciplines et celle de la lecture elle-même toujours demanderesse . Elle est donc appelée à se poursuivre, sans interruption , à tenter de se perfectionner sans cesse, à assimiler et à surmonter les difficultés grandissantes , à s'étendre dans ses contenus tout au long du cursus élémentaire ...
La pratique de la lecture nécessitera , du C.P. au C.M.2 , la mise en oeuvre de procédures forcément diverses allant d' exercices techniques parfois rebutants (discrimination auditive , discrimination visuelle etc...) souvent longs et difficiles à mettre sur pied à des tâches plus gratifiantes incluant la compréhension , voire une forme de subtilité , et pouvant éventuellement aboutir à la lecture-plaisir.
Ces deux faces de la formation sont indissociables . Elles sont elles-mêmes inséparables de la très impérieuse continuité .
La G.S. et le C.P. ne sont pas les lieux uniques de la maîtrise de la lecture même s'ils en sont les premiers territoires.
A des parents inquiets dont les enfants entraient au C.E.1, j'exposais , en voulant les rassurer et peut-être me rassurer moi-même, qu'il y aurait maintes occasions de se rappeler la classe de C.P. par le constant et quotidien apprentissage de la lecture.
Je précisais que cette démarche serait immuable et même élargie dans le cadre d'une souhaitable transversalité (lecture-histoire , lecture-sciences et même lecture-mathématiques...).
Le C.E.1 voit apparaître des notions associées à des objectifs nouveaux et plus ambitieux: l'étude de la syntaxe, l'élargissement du lexique ,les orthographes , le plus grand soin apporté à l'expression orale et , bien entendu , l'avènement de la sacralisation de la chose écrite dans sa forme et dans son fond.
Cela tranche avec le C.P. mais subsiste un lien : la lecture et les aptitudes à la compréhension qui en découlent ...
Déchiffrage et compréhension
J'ai souvenance d'une anecdote tout à fait personnelle .
Enfant , il m'arrivait parfois de me plonger dans la lecture du quotidien régional autrefois vecteur presque unique de l'information.
C'est ainsi que la rubrique "Faits divers" attira ma juvénile attention et dans mon esprit il était question de festivités se déroulant à la froide saison.
Le trouble se fit assez rapidement jour.
Je m'aperçus lors d'une lecture un peu plus attentive que nous n'étions pas en hiver et qu'un accident du travail n'était pas une fête .
"Faits divers" et fêtes d'hiver, exemple révélateur de la distance qui peut exister entre déchiffrage et compréhension.